30.5.13

De Pascal Nègre et ses tweets indécents

Dernièrement, à l'occasion de la mort de Georges Moustaki, Pascal Nègre a fait part de sa tristesse via son compte Tweeter avec un ton pour le moins très personnel qui m'a franchement choqué. Or, il se trouve que je suis abonné à la newsletter d'Audiofanzine et que le savoureux édito de Los Teignos dit avec brio et talent le fond de ma pensée à ce sujet (et j'en profite pour l'en remercier). Je le partage donc avec vous.

Après Daniel Darc et Henri Dutilleux, c’est au tour de Georges Moustaki de tirer sa révérence et de se voir gratifié d’un drôle d’hommage sur le Twitter de Pascal Nègre. Je cite :
"Daniel Darc avait fait son retour en solo avec l album " crève cœur " en 2004 chez Universal , album salué par la critique ! RIP"
Mais aussi :
"Henri Dutilleux a été un des plus grands compositeurs français du xxeme siècle ! Il était édité par Universal Music ! RIP"
Et enfin :
"Avec Georges Moustaki c’est une des dernières légendes , artiste et poète , qui disparaît ! Ses plus grands succès sont chez Universal ! RIP"

Voilà.

Cet homme est président d’Universal Music France et vice-président d’Universal Music International. Il a été promu chevalier de la Légion d’honneur par Nicolas Sarkozy. Il est de ceux que les ministres écoutent lorsqu’il s’agit de légiférer autour du piratage, des droits d’auteur ou de l’industrie de la musique.

Et c’est un homme qui colle des affiches publicitaires sur des pierres tombales.

Parce que les artistes morts lui appartiennent autant que les vivants à partir du moment où Faust a écrit son nom au bas du contrat de Méphistophélès. Et qu’ils ne seront tous à la fin que des petites croix dans la colonne des ventes qu’il présentera fièrement à ses actionnaires pour justifier ses 50 000 euros de salaire mensuel*.

Il n’est d’ailleurs pas si important que cela qu’un artiste soit mort puisqu’à force de lobbying, on parvient toujours à allonger la durée des droits des uns et des autres au-delà du décès de l’auteur comme du compositeur. Il y a même fort à parier qu’avec les coffrets, DVD et rééditions remasterisées ou vinylisées qui conviennent, Moustaki vende plus les dix prochaines années que les dix précédentes… On peut faire confiance à Pascal pour cela : c’est son métier.

Mais tout cela n’est pas si grave…

Pourquoi ? Parce qu’à force de tant d’irrespect et de cynisme, Pascal Nègre finit par être le pire handicap du système qu’il défend. Qui voudrait en effet, en dépit des milliers de personnes honnêtes qui travaillent en son sein, respecter une industrie représentée par un tel émissaire ? Comment faire comprendre à un gamin que "le piratage, c’est du vol", lorsque ces mots sortent de la bouche d’un homme qui tamponne son logo sur la chair encore tiède des cadavres ? Comment les inciter à acheter en toute légalité un titre de Moustaki lorsqu’on sait que le bon Georges ne touchera plus rien des 6 % qui lui étaient réservés tandis que Pascal Nègre et ses amis, au nom de l’énorme et très dur travail qu’ils ont produit autour de l’artiste, récolteront 61 % du fruit de la vente pour les 70 ans à venir ? Comment les persuader enfin que Pascal Nègre ne se pavane pas sur le trône d’Universal comme Bernard-René Jordan de Launay toisait jadis la foule avec condescendance depuis les hauteurs de la Bastille ?

Alors on leur dira quoi aux gamins ? D’en revenir aux bases : apprendre un instrument, écrire de la musique et aller la jouer devant le plus de monde possible sans avoir jamais à passer un contrat avec un tel homme ou ceux de son espèce, pour ne pas se voir affublés d’un ‘Universal RIP’ sur Twitter à l’heure où la Faucheuse sonnera le rappel des troupes.[...]

*Dans une interview donnée à Paris-Match en novembre 2010, Pascal Nègre parle d’une réduction de 40% de son salaire qui, d’après les informations recueillies en 2005 par Emmanuel Berretta pour le Point, s’élevait à 83 300 € par mois.