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8.7.13

D'une discussion avec mon mentor Alain Bashung

Comme j'ai déjà pu vous l'écrire, je suis fasciné par Freddie Mercury. Mais s'il est mon idole, Alain Bashung est mon professeur, mon mentor. Voici une discussion totalement imaginaire que j'ai eue avec lui.
***

- Baisse le son, sérieux, baisse le son...
- Ah vous êtes là, je suis tellement content de vous voir !

Je baisse le volume insensé de "Innuendo" de Queen et le salue chaleureusement, il est embarrassé.

- Je t'ai déjà dit : tu peux me tutoyer
- Oui, mais le "vous", ça vous va si bien...
- ..., comme tu veux... au fond, tu ne peux plus me vieillir, j'aurais éternellement 62 ans et des poussières... oui, donc je te disais, c'est bien beau d'adorer Freddie Mercury et de prendre ses postures, mais il faut que t'arrêtes
- ... ?
- non mais sérieusement, ça te sert à rien de vouloir être comme lui ou chanter comme lui, ça frise le ridicule. T'auras jamais son talent.
- J'ai jamais prétendu l'avoir, nuance !
- Oui , mais à trop adorer son idole, on rêve secrètement de vouloir lui ressembler. Comme Bono à la fin des années 90, hein ?
- (moi gêné) oui, bon...
- des gars comme toi et moi, on n'a pas le choix, il faut qu'on soit honnête.
- comme moi et vous ?
- ben oui, les autistes, les mal foutus, les handicapés du lien social. Voilà. On a une voix grave, des textes sombres, on chante en français et on veut du rock mais on n'a pas le charisme des Mercury, des Morrison ou des Cantat, on reste incasable. On sait pas où nous foutre.
- si, vous, ça a marché
- oui, mais ça a pris 20, 30 ans ! Et il a fallu passer par "Gaby". Et je te rappelle que j'ai commencé par une télé-crochet, comme celle de maintenant. Mais en noir et blanc... (rires)
- oui, mais moi...
- (il me coupe) t'as rien foutu ! T'as tout fait à l'envers ! Tu commences par écrire des opéras avant de comprendre qu'en général on finit par écrire des opéras. Et pareil pour ta trilogie Mental euh...
- Mental Bazar Electrique
- Voilà. C'est prétentieux ! Là encore, tu prends même pas le temps d'écrire une chanson, une vraie ; c'est torturé, expérimental, tu cherches à nous perdre. T'aurais tellement pu simplifier le discours sans le trahir ! Tu vois, une chanson guitare voix, un truc simple et sans histoire
- Là vous me laissez sans voix...
- Bah tiens, parlons-en de ta voix. Tu es baryton, soit. Mais de tous les instruments que tu joues, c'est celui que tu as le moins travaillé, excuse-moi !
- ... (je rougis)
- non mais c'est vrai avoue-le...
- je suis un paresseux de le pratique musicale. Tout ce que j'obtiens (tout instrument confondu) ne sera jamais aussi bien que ce qui sonne dans ma tête...
- c'est pas une excuse. T'écoutes "Futuricide" de ton dernier album, la chanson est béton mais la voix est merdique.
- ... ah....
- t'es complètement en-dessous du niveau de la chanson, d'ailleurs tu te sous-mixes ! La prosodie ne colle pas, elle est bancale. T'assumes pas, ça s'entend. Par contre, "la nuit du chasseur" est pas mal. "Circulez" aussi, mais je tique un peu
- Pourquoi ?
- ben... (il hoche la tête en souriant) on sent l'hommage mais ça peut friser l'imitation... T'as le droit d'aimer ce que je fais mais il va falloir tracer ton chemin mon bonhomme... c'est là que je parlais d'honnêteté tout à l'heure... tu vois, nous on peut pas se cacher derrière nos idoles : on ne leur ressemblera jamais. Alors il faut juste dire ce qu'on est, tel qu'on est. En fait... il faut se foutre à poil !
- balaise. J'ai pas une nature profonde de nudiste ! (rires)
- Fais-moi un peu écouter ce que t'as fais de ton troisième volet.

Nous nous installons pour écouter les ébauches de ce qui va être le dernier album de la trilogie. Je mets "À deux pas du seuil". Il écoute attentivement et me demande d'arrêter peu après le début de la chanson.

- Tu vois, là, rien à voir ! C'est plus pur, plus simple et on sent les racines blues. C'est très bien ce riff de slide ! T'as pas encore posé les voix ?
- ben non, pas vraiment eu le temps...
- ou le courage... (il sourit sans me regarder)
- oui... et il manque des trucs là...
- (il me coupe et lève les mains) ouh là ! Il ne manque rien que ta voix. Point barre, faut pas charger. Tu tiens le truc là. Ça tient debout tout seul, pas besoin d'en rajouter. Tu vois que tu sais écrire des chansons maintenant...
- (je souris)...
- Bon, continue comme ça, il faut nous pondre un truc qui marche ! (NDLR : clin d'oeil à sa chanson "Samuel Hall") et bon sang, travaille ta voix, je te jure que ça vaut le coup !

Il se lève et me tend la main

- Je te laisse, faut que je file
- vous êtes pressé ?
- tu n'imagines pas le boulot que j'ai... à bientôt
- à bientôt Alain
- oh ça oui, tôt ou tard on se reverra....
- (je ris) Merci, Alain, ça fait du bien