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26.5.14

du mensonge de la gratuité dans l'industrie de la #musique

La révolution de la dématérialisation des supports musicaux est arrivée avec un sacré corollaire : le phénomène de "tout gratuit" induit par le téléchargement pirate. Ainsi depuis plus de vingt ans, Internet nous a habitué à considérer que toute musique se devait d'être à disposition librement. Or, je suis musicien et je tente de vivre de ma musique, autrement dit je caresse le rêve qu'un jour les rentrées d'argent des ventes d'albums soient suffisantes pour arrêter mon travail alimentaire plus... conventionnel et mon consacrer à 400% à ma passion. C'est là que le bât blesse : pour un "petit" musicien comme moi, c'n'est pas gagné ma bonne dame !

Ma réflexion du coup en est venue à considérer ceci : "quand est-ce qu'on nous a fait croire que quoique ce soit était gratuit ?". Car pour moi tout bien (même une babiole) ou tout service (même le plus simple) a son prix, mérite son prix fût-il minimal. Enfin, pas trop quand même... Faut quand même pas déconner (cf. le royalties dérisoires de Spotify). Si on prend les choses dans l'autre sens : si c'est gratuit, c'est que quelqu'un se fait avoir...
  • soit le consommateur qui doit subir la publicité ou la perte de confidentialité, autre sujet de débat houleux
  • soit l'auteur de l'oeuvre qui se fait plumer
  • soit le distributeur... non, réflexion faite, le distributeur ne se fait jamais avoir !
Apparemment, tout internaute a accepté la présence -l'omniprésence !- de la publicité (moi qui est connu le web 1.0, je m'étrangle !) et conçoit la perte de confidentialité comme un mal nécessaire pour que Facebook existe. Notre cas n°1 semble donc réglé. Reste le cas n°2...

Depuis quand l'auteur d'une oeuvre doit-il livrer gracieusement au public le produit de son travail ? À l'heure où une proposition de modulation du SMIC fait polémique, personne ne s'offusque que l'artiste soit tenu à la gratuité ou presque. So french paradoxe !
Une fois de plus renversons les situations : imagineriez vous travailler pour un salaire nul ? Ou donner le fruit de votre travail plutôt que de le vendre même à bas prix ? La réponse du bénévolat ne tient pas car dans ce cas, celui qui offre sa force de travail est dans le consentement. Or, l'artiste ne consent rien, il se résout ! Le modèle est bien plus fort que lui !

L'autoproduction est pour moi un choix -mieux- une philosophie de travail : je n'ai donc aucun éditeur ou producteur qui me chapeaute. Je ne défends ni couleur politique, ni marque, ni syndicat. Je veux juste défendre mon travail. Et quel est-il?
Pour un EP de 6 titres, il faut compter entre 250 et 500 heures de travail selon avec qui on travaille, selon le style choisi et la complexité des arrangements
  •  50 à 100 heures seront consacrées à l'écriture pure,
  •  100-200h à l'enregistrement
  •  100-200h au mixage
500h au SMIC horaire, ça va chercher dans les 10 000 €. Vous aurez remarqué que j'ai pas forcé sur le salaire malgré mon expérience de 33 ans (j'ai commencé la musique en portant des couches, oui). Passons les frais de matériel et ne gardons que la force de travail. Quand puis-je espérer avoir une juste rémunération de ce travail sachant que ma renommée dépasse à peine le niveau de la mer (de l'amer ?) et que tout le monde considère que je dois filer ma musique gratis ? En général on me répond "fais des concerts !". C'est une fausse bonne réponse ! "Faire des concerts" est un autre travail qui mérite une autre rémunération ; mes 500 heures de travail de création restent non payées et tout le monde considère que cela doit rester ainsi.

Et je ne suis pas le seul dans cette situation. Internet et sa philosophie du "tout à disposition" remodèle complètement le journalisme de demain ; nous considérons que nous n'avons pas à payer pour accéder à l'information. Or, il y a bien des hommes et des femmes qui sont allés la chercher et la rapporter, la rédiger, la diffuser !

Je ne suis pas en train de crier haro sur l'Internet mais sur nos attentes, sur notre manière de consommer. Le "tout gratuit et libre" ne peut pas et ne doit pas exister car à un moment donné, quelqu'un a consacré du temps et doit gagner sa vie. Nous devons revoir notre consommation, inventer de nouveaux business models pour qu'Internet diffuse et ne spolie pas les auteurs. Ne pas le reconnaître, c'est leur voler leur liberté de vivre de leur talent.


EDIT du 03/06/2014
En écho à mon billet, je partage ci-dessous une réflexion intéressante de Un Drop Dans La Mare "Pirater, c'est voler ?" et pourtant pas si contradictoire vis-à-vis de mon propos (notion de justice...)



EDIT du 24/04/2015
Pour aller plus loin, je ne saurais trop vous conseiller cet excellent article très détaillé de Yann Landry sur le site de La Grosse Radio, démontrant à quel point les droits d'auteur s'effondrent même quand on a du succès...