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27.10.14

La mort d'une utopie

Vous êtes-vous déjà posé la question : "qu'est-ce qui nous définit ?" en vous regardant dans le miroir ? J'en conviens, ce n'est pas le genre de question que l'on se pose tous les matins, encore heureux ! À mes yeux, une part de la réponse se trouve dans les espoirs que nous avons en nous, que nous entretenons : sans doute visons-nous un travail précis, ou souhaitons-nous avoir une maison, vivre à l'étranger ou tout simplement (re)trouver l'amour... Cet ensemble d'espoirs qui nous motivent, je l'appelle notre utopie personnelle ; c'est notre représentation du monde tel que nous le rêvons.


Cette utopie personnelle nous est indispensable - l'espoir fait vivre - car elle est un moteur pour avancer. C'est la carotte pour faire avancer l'âne que nous sommes.
Cette année, par différentes étapes dont je vous passe les détails, mon utopie personnelle est tombée d'abord par morceaux, puis par pans entiers. Une dernière cuisante mésaventure a fini de l'anéantir. De quoi était-elle composée ? C'était une mosaïque d'espoirs : vivre de ma musique, me sentir libre de mon temps, réaliser des clips, exposer des fractales, faire de l'art vidéo, etc. Cette utopie a grandi avec moi et m'a fait grandir ; mais cette année, j'ai pris conscience peu à peu qu'elle s'est éloignée de moi. Certains espoirs qui la composaient n'étaient plus aussi moteurs qu'avant, d'autres étaient carrément contradictoires, et surtout cette utopie s'est révélée profondément désincarnée : où est l'amour ? Où est l'amitié ? Où est l'humain dans tout cela ? Tous ces espoirs ne sont-ils pas auto-centrés, quelque part stériles ? En d'autres termes, j'ai pris conscience que j'avançais pour de mauvaises raisons, mû par des espoirs de plus en plus menteurs ou trompeurs. Il existait une forme "d'urgence de faire", une pression de "devoir faire l'artiste" histoire de se justifier, il existait un absolu du genre "vivre libre ou mourir" dans cette utopie. Pile poil le genre de barrage au bonheur et à l'épanouissement personnel. Or cette année ce qui est sûr, clair et net en moi, c'est que j'ai décidé d'être heureux.

Mais une utopie vieille de plus de deux décennies ne se laisse pas abandonner comme cela : elle a modelé mon regard, façonné mon rapport au monde. Elle est une partie de moi-même, fût-elle en train de dessécher ! C'est donc à coups de déceptions qu'elle est partie et cela ne s'est pas fait sans douleur, sans heurt, sans poing dans la gueule. Puis cet amalgame de rêves et d'espoirs desséchés est tombé un jour, dans la brutalité inouïe d'une amitié qui meurt. Mon utopie est morte avec.

Cela pourrait être tragique de prime abord. Je dois avouer que je suis un peu paumé sans elle : en quoi est-ce que je crois maintenant ? qu'est-ce qui me vaut d'être ici ? quel rêve va me faire avancer ? La sensation de vide n'est pas loin, mais son amie la tristesse est absente. Cette utopie morte s'est muée en une bonne nouvelle : je suis désormais une page blanche, une nouvelle histoire à écrire, des rêves tout neufs à inventer, je suis de nouveaux espoirs à faire naître ! Mais pas seul cette fois-ci, non, pas seul : à deux, à trois ou plus... Cette mort est une renaissance qui s'annonce.