1.8.16

Ni Bono, ni Bowie, ni Bashung

Il faut un jour se rendre à l'évidence : je n'aurai pas le charisme aux échos politiques de Bono, je n'aurai pas la poésie crépusculaire de Bashung, je n'aurai pas le charme protéiforme de Bowie. Mes 3 'B' à moi... (pour d'autres, c'est Brassens-Brel-Bécaud).

On se cherche et on se trouve des figures tutélaires, des paternels de substitution, des ouvreurs de voies autant que des défricheurs de sens. On se compare à eux, on se mesure à eux, mieux : on les challenge virtuellement ! Comme si on avait quelconque chance !
J'ai fait tout cela, je me suis rêvé harangueur de foules, poète des grains de beautés et des ongles un peu noircis et éternel phénix multicolore, j'ai rêvé ma musique plus grande, plus large et majestueuse, plus intense et évocatrice, je l'ai rêvée kaléidoscopique ! J'ai rêvé d'être enchanteur !

Mais arrive un moment (l'âge, la maturation, les désillusions ? tout cela ?) où l'on se rend compte qu'on est loin de ces gars-là, très loin même. Qu'on ne sera jamais comme eux. "Soyez vous-mêmes, les autres sont déjà pris" nous rappelle Oscar Wilde ; c'est dans ce genre de moment où l'on ne peut que lui donner raison. Nous n'avons pas d'autres choix que d'être nous-mêmes sans quoi nous ne serons que des mauvaises copies, des ombres de nos idoles. Du genre pathétique et inutile.

Je ne serai donc ni Bono, ni Bowie, ni Bashung. Pourtant, il va falloir créer. Pourtant il va falloir imaginer, écrire, réaliser... loin d'eux, de leur univers, de leur langage. Pourtant, il va falloir tout simplement faire mon job parce que je suis habité par cela. Mais il va falloir le faire sans attentes aucune, juste pour le plaisir de le faire, juste pour la beauté du geste artistique. Le faire sans vous attendre non plus, donc sans attendre le succès qui n'est rien d'autre que votre approbation massive.

Il va falloir être beau, ne serait-ce que pour soi, pour se donner l'exemple.